Le thème de l’infidélité dans la Princesse de Clèves de Mme de La Fayette
The Theme of Infidelity in The Princess of Clèves by Madame de La Fayette
Iman Mohammed Ahmed Abu Alhassan1
1 Assistant prof. Shendi University- College of Arts- Department of French, Sudan.
Email: mimmmma2013@gmail.com
DOI: https://doi.org/10.53796/hnsj68/1
Identifiant de recherche scientifique arabe: https://arsri.org/10000/68/1
Volume (6) Numéro (8). Pages: 1 - 9
Reçu le: 2025-07-07 | Accepté le: 2025-07-15 | Publié le: 2025-08-01
Résumé: L'objectif de cet article, c'est d'étudier le sujet de l'infidélité dans le roman La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette. Nous trouvons que dans ce roman, Mme de Clèves est éduquée par sa mère, Mme de Chartres, à la fidélité conjugale pour garantir son bonheur de vie future de femme mariée, mais Mme de Clèves n'exécute pas les conseils de sa mère. Cet article essaie de savoir: est- ce que la femme infidèle mène une vie malheureuse? Pour réaliser cette étude, nous avons utilisé la méthode analytique, nous avons parlé de: la vie de Mme de la Fayette, un résumé de La Princesse de Clèves, le mariage de M. et Mme de Clèves, l'infidélité de Mme de Clèves, les conséquences de l'infidélité et la vie de l'infidèle après la mort de son mari. Enfin, nous trouvons que Mme de Clèves, par son infidélité, cause le malheur de son mari puis sa mort et sa vie après sa mort est triste et malheureuse.
Mots-clés: Malheur, infidélité, femme mariée.
Abstract: This essay aims at studying the theme of infidelity in the novel "La Princesse de Clèves" of "Mme de La Fayette". We find that in this novel, Madame de Cleves is educated by her mother, Madame de Chartres, in marital fidelity to guarantee her future happiness as a married woman, but Madame de Cleves does not carry out her mother's advice. The essay tries to find out: does the unfaithful wife lead an unhappy life? To fulfill this study, we used the analytic method. We talks about: author's life, a summary of "La Princesse de Clèves", the marriage of Mr. and Mrs. de Clèves, the infidelity of Mrs. de Clèves, the consequences of infidelity and the life of the infidel after the death of her husband. Finally, we find that Mrs. De Cleves, by her infidelity, causes the misfortune of her husband then his death and her life after his death is sad and unhappy.
Keywords: Unhappiness, infidelity, married woman.
1-Introduction:
La Princesse de Clèves est un roman de Madame de La Fayette, publié en 1678. Dans ce roman, il y a Mme de Clèves qui se marie avec M. de Clèves, comme leur mariage est sans amour, elle trompe son mari en tombant amoureuse de M. de Nemours. Cette trahison cause le malheur de deux époux et conduit à la mort de son mari.
Les objectifs:
A travers cet article, nous voulons savoir le thème de l’infidélité conjugale. Aussi, nous voulons savoir la relation entre la mère et sa fille et comment la mère veut garantir le bonheur de la vie de sa fille mariée. De plus, nous voulons savoir si vie de la femme mariée est toujours malheureuse.
La limitation:
L’article est limité sur le thème de l’infidélité conjugale dans le roman la Princesse de Clèves de Madame de la Fayette et surtout l’infidélité de Mme de Clèves envers son mari M. de Clèves.
Problématique:
Dans le Princesse de Clèves de Mme de la Fayette, Mme de Chartres a consacré toute sa vie à éduquer sa fille, Mlle de Chartres, à la fidélité conjugale de sa vie future de femme mariée. Pour Mme de Chartres, rien n’égale le bonheur d’une épouse fidèle à son mari. Elle a pris soin de mettre sa fille en garde contre les galanteries de la cour, mais sa fille ne suit pas ses conseils et trompe son mari. Alors d’après cette opinion de Mme de Chartres, nous allons aborder le sujet de l’infidélité conjugale pour savoir: «Est- ce que la femme infidèle mène une vie malheureuse»?
Les hypothèses:
Nous croyons que si Mme de Clèves suit les conseils de sa mère d’être fidèle à son mari, sa vie sera pleine du bonheur, mais comme elle est infidèle, sa vie soit troublée et malheureuse.
Méthodologie du travail:
Dans cet article, nous avons utilisé une méthode analytique pour traiter le thème de l’infidélité conjugale: «La méthode analytique procède par décomposition du sujet. On décompose un ensemble en ses éléments constitutifs, ses éléments essentiels, afin d’en saisir les rapports et de donner un schéma général de l’ensemble.» (www.unifr.ch/ Les méthodes d’analyse/11/ 01/2023/11:09).
Nous allons donner premièrement, une biographie de Mme de La Fayette puis un résumé de l’œuvre étudiée, ensuite, nous allons parler du mariage de Mlle de Chartres et M. de Clèves, la trahison de Mme de Clèves pour son mari, l’agonie et la mort de M. de Clèves comme des conséquences de cette trahison et le cas de Mme de Clèves après la mort de son mari.
2-La vie de Madame de Lafayette
Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de La Fayette (ou Lafayette), née le 18 mars 1634 à Paris et morte le 25 mai 1693 dans la même ville, est une femme de lettres française. De son nom complet Marie-Madeleine Pioche de la Vergne comtesse de La Fayette, celle qui est plus connue sous le nom de Madame de Lafayette naît dans la petite noblesse parisienne. Au décès de son père, sa mère se remarie avec le Chevalier Renaud de Sévigné, l’oncle de la Marquise de Sévigné, avec qui Madame de Lafayette sera amie toute sa vie durant. Devenue dame d’honneur de la Reine Anne d’Autriche en 1650, elle prend petit à petit conscience des intrigues de la cour dont elle s’inspirera dans ses écrits. Elle se forme à la littérature dans les salons littéraires de l’époque, les salons de Mlle de Scudéry et l’hôtel de Rambouillet. Elle épouse en 1655 le Comte François de La Fayette, issu d’une grande noblesse sans le sous, mariage de raison arrangé par sa mère ; elle aura deux enfants avec son mari. Elle fréquente le cercle janséniste de l’Hôtel de Nevers et rencontre vers 1660 le philosophe Arnauld et François de La Rochefoucauld, avec qui elle se lie d’amitié. Grâce à son amitié avec Henriette d’Angleterre qui épouse le frère du roi, elle pénètre l’intimité de la cour. En 1662, elle publie anonymement ‘La Princesse de Montpensier’ et en 1670, ‘Zaïde’ qu’elle écrit en collaboration avec La Rochefoucauld et le poète Segrais. En 1678 parait son roman le plus célèbre qui passe pour être une anticipation du roman psychologique, ‘La Princesse de Clèves’. Après la mort de son mari et de son ami La Rochefoucauld, elle écrit ‘Mémoires de la Cour de France pour les années 1688 et 1689’, qui ne seront publiés qu’après sa mort. Femme à la plume acérée, les œuvres de Madame de Lafayette annoncent le roman moderne.
3-Résumé de la Princesse de Clèves:
Le roman s’ouvre sur une longue évocation de la cour d’Henri II, présentant successivement les personnages les plus éminents qui la composent : Diane de Poitiers, Catherine de Médicis, la Dauphine ou encore Marie Stuart. En 1559, Mlle de Chartres, jeune héritière belle et fortunée, y est introduite et bientôt remarquée par le prince de Clèves qui obtient sa main. Toutefois, au cours d’un bal, la princesse de Clèves fait la connaissance du séduisant duc de Nemours, et la scène de rencontre prend les allures d’un coup de foudre mutuel. Prévenue par sa mère des dangers de la passion, elle résiste longuement et tente d’étouffer ses sentiments; cependant, bientôt privée par la mort de sa mère de son unique soutien, elle contient de plus en plus difficilement cet amour adultère.
Le roman abandonne alors pour un moment la ligne principale du récit pour exposer diverses relations: celle qui unit le roi à Diane, les amours d’Henri III, l’histoire de Mme de Tournon ou encore les rapports houleux entre le vidame de Chartres, la reine et Mme de Thémines, autant de digressions qui renvoient à la princesse l’image de sa propre passion, et dont elle saisira cependant trop tard l’avertissement qu’elles contenaient. Le récit se reporte ensuite sur elle, lors d’un séjour dans son domaine de Coulommiers: c’est là que, pressée par les soupçons de son mari, elle lui avoue sa coupable passion et le supplie de la protéger d’elle-même. Séparés, la princesse et Nemours s’abandonnent chacun de leur côté à des rêveries amoureuses, mais le prince de Clèves, taraudé par la douleur, expire après et la princesse se retire dans ses terres. Alors a lieu l’unique entrevue entre les deux amants où ils se parlent à cœur ouvert; la princesse partage ensuite son temps entre ses terres et le couvent, refusant à tout jamais de revoir Nemours.
4-Le thème de l’infidélité
Nous voulons aborder le thème de l’infidélité dans le roman la Princesse de Clèves de Mme de la Fayette. Mlle de Chartres et le prince de Clèves se rencontrent puis ils se marient, mais ce mariage sans amour du côté de Mlle de chartes. Alors celle- ci trompe son mari malgré elle est éduquée par sa mère à la fidélité conjugale. Pressée par son mari, elle lui avoue sa trahison. Alors cette trahison incite la jalousie de M. de Clèves et faisant, plus tard sa mort.
5-Le mariage de Mlle de Chartres et le prince de Clèves
Le prince de Clèves rencontre Mlle de Chartres chez un bijoutier, il est ébloui par sa beauté, alors il décide de l’épouser. Mlle de Chartes d’une exceptionnelle beauté fait alors son apparition à la cour: «Il parut alors une beauté à la cour qui attira les yeux de tout le monde» (Mme de la Fayette, 1967, p17). Son père est l’un des plus riches partis du royaume. Sa mère, Mme de Chartres, lui a enseigné les mérites de la fidélité conjugale et songe à la marier. Quand la jeune fille visite ce joaillier, elle éblouit par sa beauté le prince de Clèves: «M. de Clèves la regardait avec admiration, et il ne pouvait comprendre qui était cette belle personne qu’il ne connaissait point» (Mme de la Fayette, op.cit, p20). Il cherche à revoir la belle inconnue et il est devenu passionnément amoureux d’elle: «M. de Clèves sentit de la joie de voir que cette personne qu’il avait trouvée si aimable était d’une qualité proportionnée à sa beauté; il s’approcha d’elle, et il la supplia de se souvenir qu’il avait été le premier à l’admirer et que, sans la connaître, il avait eu pour elle tous les sentiments de respect et d’estime qui lui étaient dus.» (Ibid, p23). Alors il l’aime et décide de l’épouser.
Le prince de Clèves souhaite épouser Mlle de Chartres, mais il y a deux obstacles à ce mariage. Il a nombreux rivaux et aussi son père s’oppose à ce mariage. Heureusement pour lui, l’intrigue de cour fait échouer un premier projet de mariage de Mlle de Chartres, puis un second, plus brillant encore et aussi son père est mort. Libéré par la mort de son père, le prince de Clèves fait sa déclaration à Mlle de Chartres: «La mort du duc de Nevers, son père, qui arriva alors, le mit dans une entière liberté de suivre son inclination, et, sitôt que le temps de la bienséance du deuil fut passé, il ne songea plus qu’aux moyens d’épouser Mlle de Chartres.» (Ibid, p36).
Mlle de Chartres accepte la proposition de M. de Clèves sans répugnance ni joie particulière; et le mariage se trouve conclu «Mlle de Chartres répondit qu’elle lui remarquait les mêmes bonnes qualités, qu’elle l’épouserait même avec moins de répugnance qu’un autre, mais qu’elle n’avait aucune inclination particulière pour sa personne.» (Ibid, p38).
M. de Clèves sent bien que la jeune fille n’a choisi qu’une union de convenance, et lui avoue son amertume. Mme de Chartres, tout aussi lucide, recommande à sa fille une fidélité à toute épreuve. On célèbre au Louvre une cérémonie magnifique: «Ce mariage s’acheva, la cérémonie s’en fit au Louvre ; et le soir le roi et les reines vinrent souper chez Mme de Chartres, avec toute la cour, où ils furent reçus avec une magnificence admirable» (Ibid, p 42).
6-Mme de Chartes et l’éducation de sa fille à la fidélité conjugale:
Mme de chartres, comme elle est veuve, elle a consacré toute sa vie à l’éducation de sa fille «Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l’éducation de sa fille ; mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté, elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable.» (Ibid, p18). «La jeune Mlle de Chartres âgée de 16 ans est en âge de se marier. Jolie, pleine de grâce, elle a été élevée par sa mère dans un esprit de vertu qui l’a rendue modeste et honnête». (M. De La Fayette, 2020, p 316)
Mme de Chartres veille tout particulièrement sa fille à la formation morale: l’amour, lui a-t- elle dit, peut receler bien des dangers, et les hommes sont volages. Rien ne vaut le bonheur d’une épouse fidèle à son mari, mais la fidélité- dit-elle avec profondeur-restera toujours un combat «Elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité, les malheurs domestiques où plongent les engagements; et elle lui faisait voir, d’un autre côté, quelle tranquillité suivait la vie d’une honnête femme, et combien la vertu donnait d’éclat et d’élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance» (Mme de la Fayette, op. cit, p18-19).
Mme de Chartres a pris soin de mettre sa fille en garde contre les galanteries de la cour: «Mme de Chartres enseigne à sa fille à se méfier des hommes, de leurs tromperies, de leur infidélité» (C.Venesoen, 1990, p 106).De sa vie future de femme mariée, elle lui brosse un portrait exigeant, ou la fidélité à l’époux et refus des entraînements médiocres seront les valeurs clés; là est, selon elle, la voie unique du bonheur. La jeune fille fait sienne par la suite cette philosophie de sa vie qui repose sur la vertu de force.
Pour marier sa fille, Mme de Chartres manifeste une ambition illimitée, justifiée par son rang et sa fortune. Selon l’usage du temps, elle préside au choix de l’époux, tout en ménageant, au moins en apparence, le libre choix d’une fille avec laquelle elle vit en parfaite intimité «Mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver cette vertu que par une extrême défiance de soi-même et par un grand soin de s’attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d’une femme, qui est d’aimer son mari et d’en être aimée» (Mme de la Fayette, op. cit, p19). Assez autoritaire à nos yeux, cette décision maternelle est en fait conforme aux coutumes du temps. L’actuelle liberté dans le choix de l’époux paraîtrait en effet incompréhensible aux contemporains de Mme de La Fayette.
L’intimité entre mère et fille est le fruit d’une éducation, subsiste après le mariage de la princesse; aussi Mme de Chartres est-elle la première, avec le chevalier de Guise, à percer l’inclination naissante de sa fille pour M. de Nemours, avant même que celle- ci n’en soit consciente: «Mme de Clèves n’avait jamais ouï de parler de M. de Nemours et de Mme de la dauphine; elle fut si surprise de ce que lui dit sa mère, et elle crut si bien voir combien elle s’était trompée dans tout ce qu’elle avait pensé des sentiments de ce prince qu’elle changea de visage» (S. Kim, 1997, p 129).
Quand Mme de Chartres tombe malade, M. de Nemours par tous les moyens, cherche à revoir la princesse, laquelle ne peut s’empêcher d’être charmée de sa vue. Mourante, Mme de Chartres adresse à sa fille des recommandations solennelles: elle a deviné sa passion, et l’adjure de ne pas y succomber. Mieux vaut à ses yeux un départ héroïque de la cour qu’une réputation perdue: «Vous avez de l’inclination pour M. de Nemours ; je ne vous demande point de me l’avouer: je ne suis plus en
état de me servir de votre sincérité pour vous conduire. Il y a déjà longtemps que je me suis aperçue de cette inclination; mais je ne vous en
ai pas voulu parler d’abord, de peur de vous en faire apercevoir vous-même. Vous ne la connaissez que trop présentement; vous êtes sur le bord du précipice: il faut de grands efforts et de grandes violences pour vous retenir. Songez à ce que vous devez à votre mari; songez à ce que vous vous devez à vous-même, et pensez que vous allez perdre cette réputation que vous vous êtes acquise, et que je vous ai tant souhaitée.» (Mme de la Fayette, op. cit, p77).
Mme de Chartres aussi elle recommande à sa fille d’être courageuse après sa mort et c’est mieux pour elle de quitter la cour et d’emmener son mari: «Ayez de la force et du courage, ma fille; retirez-vous de la cour; obligez votre mari de vous emmener; ne craignez point de prendre des partis trop rudes et trop difficiles: quelque affreux qu’ils vous paraissent d’abord, ils seront plus doux dans les suites que les malheurs d’une galanterie. Si d’autres raisons que celles de la vertu et de votre devoir vous pouvaient obliger à ce que je souhaite, je vous dirais que, si quelque chose était capable de troubler le bonheur que j’espère en sortant de ce monde, ce serait de vous voir tomber comme les autres femmes; mais, si ce malheur vous doit arriver, je reçois la mort avec joie pour n’en être pas le témoin» (Ibid, p78).
Á la mort d’une mère qui lui était si utile, Mme de Clèves mesure son irrémédiable solitude. Elle part pour la campagne avec son époux. Celui- ci, bouleversé par une nouvelle qu’il vient d’apprendre, travaillé peut- être par une inquiétude secrète, va lui montrer les conséquences d’un amour coupable.
7-La trahison de Mme de Clèves envers son mari
Nous trouvons que le mariage ne change rien aux sentiments de Mme de Clèves et celle- ci tombe amoureuse de M. de Nemours: «Mme de Clèves tombe sous le charme de M. de Nemours et subit les ravages d’une passion coupable» (M. Bernard, 2012, p 287). Elle le connaît avant de le voir: «Elle avait ouï parler de ce prince à tout le monde comme de ce qu’il y avait de mieux fait et de plus agréable à la cour» (Mme de la Fayette, op. cit, p 45). Sa relation avec lui commence quand M. De Nemours est à la cour d’Angleterre pour épouser la reine Élisabeth. Il revient à Paris pour le bal de fiançailles de la fille du roi. La princesse de Clèves-informée par ailleurs de son éclatante réputation- danse alors avec lui, mais sans connaitre son identité. Le couple qu’ils forment attire tous les regards. M. de Nemours est subjugué; la princesse, troublée, affecte de ne pas deviner qu’il est «Mme de Clèves n’y était pas, de sorte qu’elle ne le vit point, et ne sut pas même qu’il fût arrivé» (Ibid, p 45).
Mme de Chartes devine aisément les menaces qui pèsent sur sa fille. Les jours suivants, la princesse n’a d’yeux que pour M. de Nemours, et celui- ci conçoit pour elle une passion violente: «Il est vrai aussi que, comme M. de Nemours sentait pour elle une inclination violente» (Ibid, p 49). M. de Nemours est transformé par la passion; maîtresses, amis, projet de mariage royal, il oublie tout, sans avouer ses raisons à personne: «La passion de M. de Nemours pour Mme de Clèves fut d’abord si violente qu’elle lui ôta le goût et même le souvenir de toutes les personnes qu’il avait aimées et avec qui il avait conservé des commerces pendant son absence» (Ibid, p 61). Ashton dit: «Nemours refusera une reine étrangère pour pouvoir son amour pour la princesse de Clèves» (H. Ashton, 1922, p 80). Alors nous trouvons que Mme de Clèves et M. de Nemours s’aiment.
8-Mme de Clèves avoue sa trahison à son mari
L’aveu de Mme de Clèves, c’est quand elle part au le château de Coulommiers. M. de Clèves, intrigué par le goût soudain de sa femme pour la solitude, la presse de questions: «Ah! Madame! s’écria M. de Clèves, votre air et vos paroles me font voir que vous avez des raisons pour souhaiter d’être seule; je ne les sais point, et je vous conjure de me les dire» (Mme de la Fayette, op.cit, p 186). Mme de Clèves finit pour lui avouer, sans autre précision, qu’elle a des raisons graves de s’éloigner de la cour: «Ne me contraignez, point, lui dit-elle, à vous avouer une chose que je n’ai pas la force de vous avouer» (Ibid, p 186).
Alors Mme de Clèves avoue son amour coupable à son mari: «Je vous demande mille pardons si j’ai des sentiments qui vous déplaisent, du moins je ne vous déplairai jamais par mes actions» Ibid, p 188). Donc Mme de Clèves n’manqué de fidélité conjugale; elle implore la compréhension de son mari. D’abord bouleversé d’une telle preuve de sa fidélité, M. de Clèves insiste pour apprendre de sa femme le nom de celui qu’elle aime: «Et qui est-il, madame, cet homme heureux qui vous donne cette crainte? Depuis quand vous plaît-il? Qu’a-t- il fait pour vous plaire? Quel chemin a-t-il trouvé pour aller à votre cœur? Je m’étais consolé en quelque sorte de ne l’avoir pas touché, par la pensée qu’il était incapable de l’être» (Ibid, p 189). Comme elle refuse, il laisse éclater sa jalousie. L’aveu incomplet, a creusé un fossé entre les époux: «Je vous supplie de ne me le point demander, répondit-elle ; je suis résolue de ne vous le pas dire, et je crois que la prudence ne veut pas que je vous le nomme» (Ibid, p 190). La princesse de Clèves revoit avec effroi la passion qu’elle a marquée envers M. de Nemours. La honte la saisit de manquer à un homme aussi droit que son mari, tout comme la crainte d’aimer comme un inconstant.
Restée seule, Mme de Clèves regrette son aveu; elle a bien du mal à retrouver se sérénité: «Lorsque ce prince fut parti, que Mme de Clèves
demeura seule, qu’elle regarda ce qu’elle venait de faire, elle en fut si épouvantée qu’à peine potelle s’imaginer que ce fût une vérité. Elle trouva qu’elle s’était ôté elle-même le cœur et l’estime de son mari, et qu’elle s’était creusé un abîme dont elle ne sortirait jamais» (Ibid, p 193- 194). M. de Nemours, tout à la joie de ce qu’il vient d’entendre, rentre à Paris et, sous des noms imaginaires, raconte partout cette scène hors du commun. M. de Clèves, lui, cherche à toute force à connaitre l’identité de son rival. Utilisant auprès de sa femme un subterfuge, il acquiert la certitude qu’il s’agit M. de Nemours, il lui redit cependant toute la confiance qu’il met en elle. Une tristesse muette gagne les deux époux.
Nous pouvons dire que madame de Clèves, modèle de vertu, avoue à son mari son amour coupable. Et cet aveu n’arrange rien. M. de Clèves, torturé de soupçons et de jalousie, il se croit tromper.
9-Les conséquences de la trahison de Mme de Clèves envers son mari
Nous trouvons que l’infidélité de Mme de Clèves envers son mari incite sa jalouse et cause sa douleur et conduit à sa mort.
9-1-La jalousie de M. de Clèves
Depuis la scène de coulommiers M. de Clèves avoue que sa vie n’est plus qu’un enfer. «Elle avoue tout au prince. Et cet aveu central dont dépend l’issue du drame a fait couler beaucoup d’encre» (J. Mesnard, 2019, p 370). M. de Clèves adoptera une attitude contradictoire. D’abord transporté d’admiration devant le courage de sa femme: «La confiance et la sincérité que vous avez pour moi sont d’un prix infini; vous m’estimez assez pour croire que je n’abuserai pas de cet aveu» (Mme de la Fayette, op. cit, p 189). M. de Clèves cède vite à la jalousie et s’obstine à découvrir l’identité de son rival: «Vous me rendez malheureux par la plus grande marque de fidélité que jamais une femme ait donnée à son mari ; mais, madame, achevez, et apprenez-moi qui est celui que vous voulez éviter» (Ibid, p 189- 190).
Devant le refus de la princesse, une rage jalouse s’élève en lui; il en vient à lui rendre des pièges -procédé peu digne d’un gentilhomme- pour obtenir cette révélation «Cependant un autre fait ce que je n’ai pu faire : j’ai tout ensemble la jalousie d’un mari et celle d’un amant» (Ibid, p 189).
Nous trouvons que les indiscrétions sur l’aveu, jetées dans le monde par M. de Nemours, incompréhensibles pour les époux, creusent un abîme entre eux. M. de Clèves multiple les accusations sans fondement, les comportements contradictoires: il n’a pu se hisser jusqu’aux sommets d’héroïsme que sa femme attendait de lui.
Nous voyons que M. de Clèves avait épuisé toute sa constance à soutenir le malheur de voir une femme qu’il adore, touchée de passion pour un autre homme.
9-2-La mort de M. de Clèves
Sur le rapport de l’espion, M. de Clèves se persuade que sa femme l’a trompé, une fièvre le saisit, qui donne les plus grandes craintes: «La fièvre lui prit dès la nuit même, et avec de si grands accidents que dès ce moment sa maladie parut très dangereuse» (Ibid, p 267).
Ravagée d’inquiétude, Mme de Clèves se précipite au chevet de son mari. Il lui apprend qu’il meurt par sa faute: «Vous versez bien des pleurs, madame, lui dit-il, pour une mort que vous causez…, mais je meurs du cruel déplaisir que vous m’avez donné» (Ibid, p 269). Pourquoi cet aveu incomplet de Coulommiers, qu’il n’a pu supporter? La vie désormais lui fait horreur. Bientôt veuve, Mme de Clèves pourra bien épouser M. de Nemours; elle regrettera un jour l’amour fidèle et désintéressé que lui portait son premier époux. Comme la jeune femme proteste de son innocence, M. de Clèves l’accuse amèrement de l’infidélité, puis accepte de se laisser détromper, avant de rendre le dernier soupir: «Il n’y en a peut-être jamais eu un plus violent, et peu d’hommes d’un aussi grand courage et d’un cœur aussi passionné que M. de Clèves ont ressenti en même temps la douleur que causent l’infidélité d’une maîtresse et la honte d’être trompé par une femme» (Ibid, p 276).
La mort de M. de Clèves revêt une valeur symbolique: il meurt du chagrin d’être mal aimé: «Ce sentiment lui donna un chagrin mortel pendant quelque temps; mais l’extrémité du mal de M. de Clèves lui ouvrit de nouvelles espérances» (Ibid, p 268). Au dernier moment, il adresse à sa femme des reproches qui peuvent faire sourire, puis la jalousie déborde à nouveau, calmé à grand-peine par Mme. De Clèves. «Cependant sur de fausses apparences M. de Clèves en arrive à croire que sa femme lui a été infidèle, et il en meurt de douleur» (A. Couvreur, 1910, p 315). Alors M. de Clèves meurt à cause de l’infidélité de sa femme.
10-L’infidèle après la mort de son mari:
Mme de Clèves après qu’elle devient veuve, éprouve une douleur sans bornes à cause de la mort de son mari. Elle est torturée par les remords en se refusant toute vie sociale: «Elle ne trouvait de consolation qu’à penser qu’elle le regrettait autant qu’il méritait d’être regretté, et qu’elle ne ferait, dans le reste de sa vie, que ce qu’il aurait été bien aise qu’elle eût fait s’il avait vécu» (Mme de la Fayette, op. cit, p 277). Quelques mois de la mort de son mari, elle sait que M. de Nemours a loué une pièce près de chez elle. Une rencontre fortuite de M. de Nemours réveille en elle une passion violente, mais elle est combattue par les remords: «Quelle passion endormie se ralluma dans son cœur, et avec quelle violence» (Ibid, p 281).
M. de Nemours obtient avec Mme de Clèves une rencontre décisive. Mme de Clèves en présence de l’homme qu’elle aime, ne songe pas à cacher ses sentiments; elle annonce à M. de Nemours une sincérité entière. Celui-ci révèle alors sa présence lors de la scène de l’aveu, et elle avoue l’amour très ardent qu’elle a pour lui. La joie de M. de Nemours tourne court, car Mme de Clèves ajoute aussitôt jamais elle ne l’épousera: «Et c’est elle qui me fait envisager des malheurs à m’attacher à vous» (Ibid, p 394). Mme de Clèves refuse car son devoir à l’époux disparu s’y oppose. Couturier dit: «J’ai frappé par la décision de Mme de Clèves: son refus de vivre sa passion pour le duc de Nemours» (S. Couturier, 2014, p 14). Elle refuse le mariage avec M. de Nemours car, à ses yeux, il est responsable de la mort de son mari: «Il n’est que trop véritable que vous êtes cause de la mort de M. de Clèves; les soupçons que lui a donnés votre conduite inconsidérée lui ont coûté la vie comme si vous la lui aviez ôtée de vos propres mains» (Mme de la Fayette, op. cit, p 292). Aussi Mme de Clèves refuse de se marier avec M. de Nemours car elle a peur d’être trompée car les hommes sont inconstants: «Mais les hommes conservent-ils de la passion dans ces engagements éternels?» (Ibid, 295). Elle est déjà trompée de côté de M. de Nemours (la lettre tombée). M. de Nemours reste stupéfait de ces déclarations de Mme de Clèves. Malgré que Mme de Clèves aime M. de Nemours, mais elle demeure ferme dans sa résolution présente: «Mais elle résolut de demeurer ferme à n’avoir aucun commerce avec M. de Nemours.» (Ibid, p 304).
Afin de rester fidèle à elle- même, Mme de Clèves part pour un long voyage. Elle fait retraite dans les Pyrénées, où elle tombe bientôt malade, au grand désespoir de M. de Nemours: «Et elle résolut de faire un assez long voyage, pour passer tout le temps que la bienséance l’obligeait à vivre dans la retraite» (Ibid, p 306).
L’approche de la mort la confirme dans sa résolution: «Et tantôt les remords de la princesse qui prend de bonnes résolutions pour l’avenir» (H. Ashton, 1922, p80). Elle revient à Paris, mais sans renouer avec le monde. Elle refuse une ultime entrevue avec M. de Nemours dont la passion, par la suite, s’éteint avec les années. Mme de Clèves a consacré la fin de sa vie à des œuvres de charité.
11- Conclusion:
En étudiant le sujet de l’infidélité dans le roman la princesse de Clèves de Mme de la Fayette, nous trouvons que Mme de Clèves trahit son mari M. de Clèves car leur mariage est sans amour. Elle tombe amoureuse de M. de Nemours, malgré qu’est éduquée par sa mère, Mme de Chartres, à la fidélité conjugale. Pressée par son mari, Mme de Clèves lui avoue sa trahison. Alors M. de Clèves souffre beaucoup de l’infidélité de sa femme. Il est jaloux et sa jalousie cause son malheur et plus tard sa mort.
Nous pouvons dire que Mme de Clèves, comme elle est une femme infidèle, ne cause pas seulement le malheur de son mari, mais aussi, par son infidélité, elle est victime d’elle-même, car après la mort de son mari, sa vie est triste et elle est torturée par les remords. Elle refuse toute vie sociale, même M. de Nemours avec qui elle trahit son mari. Alors Mme de Clèves affirme la pensée de sa mère: «rien ne vaut le bonheur d’une femme fidèle à son mari», c’est -à- dire si elle suit la pensée de sa mère, sa vie sera heureuse et constable.
12-Bibliographie:
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https://interlettre.com/bac/le-roman-et-ses-personnages/753-la-princesse-de-cleves-resume-et-analyse: (10/01/2023/04:55).
www.unifr.ch/Les méthodes d’analyse: (11/ 01/2023/11:09).