Déterminants du recours à l’automédication par la population de la zone de santé de Karisimbi, Ville de Goma en DR Congo

Determinants of Self-Medication Practices among the Population of the Karisimbi Health Zone, Goma City, DR Congo

Simweray Maisha Kevin1, Kamundu Kahima Amos2, Munyanga Mukungo Sylvain3, Hodari Sebiyoyo Philémon4, Kahindo Bembeleza Sylvie5, Bangirahe Mande Bertin6, Kashinde Mosomo Trésor7, Impavudu Bailande John8, Muisha Maonero Salomon9, Bailanda Mumbere Pascal10

1. Ecole de santé publique de l’Université de Goma, Goma DR Congo 1, 2, 4, 6, 7, 8

2. Université de Kinshasa, Kinshasa DR Congo3.

3. Université Protestante de Kinshasa DRCongo5

4. Institut Supérieur Pédagogique de Kitchanga, Kitchanga DR Congo9.

5. Université Officielle Semuliki de Beni, République Démocratique du Congo.10

DOI: https://doi.org/10.53796/hnsj612/40

Identifiant de recherche scientifique arabe: https://arsri.org/10000/612/40

Volume (6) Numéro (12). Pages: 585 - 594

Reçu le: 2025-11-10 | Accepté le: 2025-11-18 | Publié le: 2025-12-01

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Résumé: Introduction: L'automédication est le traitement de certaines maladies par les patients grâce à des médicaments autorisés, accessibles sans ordonnance, sûrs et efficaces, dans les conditions d'utilisation indiquée. Les médicaments destinés à l'automédication doivent pouvoir être utilisés par les patients hors contexte médical, pour le traitement de symptômes bénins reconnus par le patient. Certains déterminants poussent la population au recours à l’automédication, tels que: le niveau de vie, le manque, ou insuffisance de services de santé, les culturels, le niveau d’éducation. Matériel et Méthodes: Il s’agit d’une étude transversale analytique, menée dans la zone de santé de Karisimbi, province du Nord Kivu, DR Congo, portant sur les déterminants du recours à l’automédication, ciblant 100014 des ménages qui forment les 20 aires de santé que compte cette entité sanitaire. Un questionnaire d’enquête a été administré aux ménages cible, facilité par une interview libre. Echantillonnage non probabiliste à plusieurs degrés a été utilisé, dont le 1er degré constitué des aires de santé, le 2e degré constitué des avenues et le 3e degré des chefs de ménages. Les 14 aires concernées par l’enquête, ont été sélectionnées aléatoirement à l’aide du logiciel ENAFOR SMAT. Les données ont été collectées à l’aide de l’outil Kobocollect et analysées à l’aide du logiciel SPSS version 26. Résultats: L’automédication a été largement pratiquée par la population avec 82,8 %. Le revenu mensuel inférieur à 50 USD (OR = 3,579 ; IC95% [0,314–5,265] ; P valeur = 0,027), l’initiative personnelle de se soigner soi-même (OR = 2,329 ; IC95% [0,632–4,354] ; P valeur = 0,018), et la disponibilité des médicaments sans ordonnance (OR = 2,847 ; IC95% [0,046–4,591] ; P valeur = 0,031). La taille de ménage la plus fréquente était de 4 à 7 personnes soit 40,0 %, l’automédication a été pratiquée par 52% de nos enquêtés. Le faible revenu mensuel avait favorisé l’automédication à 40%, bien que l’Odds Ratio (OR = 0,945 [0,458 – 4,700]) soit proche de 1, la valeur p significative (p = 0,001) et la forte proportion observée indiquent que le faible revenu favorise l’automédication. Le coût élevé des médicaments et de la consultation était le motif de l’automédication à 74,3 %, les croyances religieuses apparaissent dans 69,2 %, l’influence familiale avait joué un rôle de l’automédication à 42,6 %, la faible confiance envers les structures sanitaires et le personnel de santé représentait 36,6 %, la vente libre de médicaments à 38,6 %.

Mots-clés: Déterminants, automédication, Karisimbi.

Abstract: Introduction: The study focuses on the determinants of self-medication among the population of Karisimbi Health Zone. Self-medication is the use of medication by a person on their own initiative to treat simple symptoms of a known or minor illness. The objective of this study is to identify the determinants of self-medication among the population of the Karisimbi Health zone. Material and Methods: The study was conducted in the Karisimbi Health Zone, located in the Karisimbi commune, Goma city, and North Kivu province in the Democratic Republic of Congo, during the period from May 1 to August 31, 2025. This is the cross-sectional analytical study allowing the administration of a structured household survery questionnaire. Fisher’s formula was used to obtain the sample size. A total 663 households were randomly selected in 14 health areas. Data were collected and analysed using SPSS version 26 software. Statistical tests applied included Pearson's chi-square, the calculation of Odds Ratios (OR) and multivariate logistic regression to identify significant predictors. Results: Self-medication was widely practised by the population at 82, 6%. A monthly income less than USD 50 was significantly associated (OR = 3.579; 95% CI [0.314–5.265]; P value = 0.027), as was the initiative to treat oneself (OR = 2.329; 95% CI [0.632–4.354]; P value = 0.018), and the availability of medicines without a prescription (OR = 2.847; 95% CI [0.046–4.591]; P value = 0.031) are the self-medication predictors. These factors reflect the combined effect of economic insecurity, sociocultural norms, and the weakness of the pharmaceutical regulatory system. Conclusion: Self-medication in the Karisimbi health zone is determined by economic constraints, social practices that value self-medication in health and uncontrolled access to medicines. Multisectoral interventions are necessary, including strict regulation of over-the-counter sales, improved affordability of healthcare, and community health, education campaigns.

Keywords: Determinants, self-medication, Karisimbi.

Introduction 

Dans le contexte mondial, on estime qu’au moins 400 millions de personnes n’ont pas accès aux services de santé essentiels, et qu’il manquera 18 millions d’agents de santé d’ici à 2030. Les raisons courantes de l´automédication incluent les plus souvent le coût élevé de la prise en charge des malades dans les formations sanitaires, le faible pouvoir d´achat, l´insuffisance en infrastructures et personnels de santé, la banalisation de certaines maladies, le mépris des règles de délivrances des médicaments [1]. L’automédication est définie comme une prise des médicaments de la propre initiative du preneur sans prescription médicale et sans avis préalable d’un professionnel de santé. C’est le traitement de certaines maladies par les patients grâce à des médicaments autorisés, accessibles sans ordonnance, sûrs et efficaces, dans les conditions d’utilisation indiquée. Elle désigne l’utilisation de médicaments par les individus pour traiter des maladies ou des symptômes identifiés par eux-mêmes, sans consultation médicale préalable. Cette pratique concerne majoritairement les pathologies bénignes et les médicaments en vente libre (over-the-counter, OTC) [2]. En contexte de surcharge des systèmes de santé, elle apparaît comme une solution pour désengorger les structures sanitaires. Toutefois, les risques qui y sont associés en font un enjeu majeur de santé publique. Sur la population mondiale qui dépasse quatre milliards d’habitants, il y a 80% des personnes qui ont recours aux médecines traditionnelles pour satisfaire leurs besoins en soins de santé primaires, ce qui fait que l’automédication soit un phénomène extrêmement fréquent et concerne 50 à 75% de la population. Aux Etats-Unis, l’automédication est également une pratique courante. En France, 5 à 10% de médicaments vendus les sont sans ordonnance médicale. Le marché français de l’automédication présente 3,7 milliards d’euros en 2024, avec une croissance annuelle de 7,1%. Les pharmacies françaises enregistrent plus de 349 millions de passages au comptoir pour achats sans ordonnance. Le secteur pourrait libérer jusqu’à 91 millions de consultations médicales par an [3]. En Afrique, environ 57% des ménages, en pratiquent, tandis que 43% la fait selon leur perception de la maladie, selon une étude menée dans la commune suburbaine de Toamasina au Madagascar [3]. Au Mali, l’ampleur de cette pratique est considérable. Il s’agit d’un fait répandu et qui s’observe dans toutes les couches de la société. Ainsi, une étude menée dans les officines à Bamako a montré que 64,52% des clients se présentaient sans ordonnance médicale lors des achats en 2003. Par ailleurs, une autre étude à Niono dans les familles a révélé que les femmes de 15 à 56 ans préfèrent se soigner par les plantes médicinales avant d’aller au centre de santé, tandis que, les hommes de la même tranche d’âge pratiquaient l’automédication avec les produits pharmaceutiques [4]. Une revue systématique menée au Ghana a révélé une prévalence moyenne de l’automédication de 53,7% avec un taux plus élevé chez les femmes enceintes avec 65,5% et dans les zones rurales avec 61,2%. Les principales raisons évoquées incluent les longs temps d’attente dans les établissements de santé et la perception de la maladie comme bénigne [5]. En Ouganda, une étude a mis en évidence une utilisation inappropriée des antimicrobiens souvent liée à des facteurs tels que la longue distance avec les structures sanitaires, le coût des soins et le manque de confiance, motivé par les traitements antérieurs [6]. En République Démocratique du Congo, la réglementation sur la vente et l’utilisation des produits pharmaceutiques s’avère peu observée. Dans la capitale, l’automédication est fréquemment rapportée avec 56,9% de malades avant la consultation aux urgences des Cliniques Universitaires de Kinshasa. Elle constitue un choix thérapeutique souvent utilisé de prime abord par des patients qui recourent secondairement à une structure sanitaire lorsque persistent ou s’aggravent les symptômes de maladie. Une étude menée par Basu en 2009 chez les jeunes de la rue à Kinshasa, démontre que 70% des jeunes de la rue à Kinshasa recourent à l’automédication en présence des premiers cycles des IST au lieu d’aller vers une structure sanitaire ce qui serait à la base de résistance des microbes face aux antibiotiques en cours. Aussi, en 2015 une étude confirme que la fréquence du recours à l’automédication aux antibiotiques dans l’aire de santé Maziba est de 52,7%, les antibiotiques les plus utilisés sont l’amoxicilline et l’ampicilline, la présence des céphalées et des affections urogénitales font partie des facteurs qui sont associés au recours à l’automédication aux antibiotiques [7]. A Goma, dans une étude menée sur 1000 ménages, a montré que 51% des patients avaient recouru à l’automédication ou à l’achat de médicaments à la pharmacie sans ordonnance médicale, lors d’un épisode maladie [8]. Sur une enquête des dépenses de la santé des ménages à Goma, le premier recours aux soins était l’achat de médicaments en pharmacie ou l’automédication avec 50,7% des cas en raison de coûts élevés des soins formels [9]. La zone de santé de Karisimbi, regorge d’infrastructures sanitaires étatiques, paraétatiques et privées. La population de cette entité sanitaire, recoure en premier lieu à l’achat de médicaments à la pharmacie, sans ordonnance médicale, ni avis d’un prestataire de santé. Cela résulte de la vente libre de médicaments, de la détérioration de conditions socioéconomiques, du niveau de connaissance élevé de membres de famille, et de l’usage de l’internet. Cette pratique semble à une mœurs dans la zone de santé de Karisimbi, de traiter des symptômes mineurs et majeurs ignorés, pour minimiser les coûts liés à l’hospitalisation avec tous les risques et complications de l’automédication [10].

Matériel et Méthodes

Il s’agit d’une étude transversale analytique, menée dans la zone de santé de Karisimbi, province du Nord Kivu, DR Congo, portant sur les déterminants du recours à l’automédication, ciblant 100014 des ménages qui forment les 20 aires de santé que compte cette entité sanitaire. Un questionnaire d’enquête a été administré aux ménages cible, facilité par une interview libre. Un échantillonnage non probabiliste à plusieurs degrés a été utilisé, dont le 1er degré constitué des aires de santé, le 2e degré constitué des avenues et le 3e degré des chefs de ménages. Les 14 aires concernées par l’enquête, ont été sélectionnées aléatoirement à l’aide du logiciel ENAFOR SMAT. La taille de l’échantillon a été déterminé à l’aide de la formule du statisticien Fisher :

 

  • n : Taille de l’échantillon
  • P : Prévalence qui est 50 %, soit 0,5
  • Q=1-P = proportion de la population qui ne porte pas la caractéristique de la recherche (1-P=0,5) ;
  •  : Valeur de la variation standard ou degré de confiance estimé à 96 %, ce qui nous donne 2,06.
  • e : Marge d’erreur de 4 %
  • = = 663 ménages enquêtés.

Résultats

Tableau n° I. Caractéristiques sociodémographiques

Facteurs

Modalités

Effectifs

Pourcentage

Sexe

Féminin

238

35,9%

Masculin

425

64,1%

Total

 

663

100,0%

Âge

18 – 49 ans

456

68,8%

50 ans et Plus

126

19,0%

Moins de 18 ans

81

12,2%

Total

 

663

100,0%

Taille de ménage

1 à 3 personnes

216

32,6%

4 à 7 personnes

265

40,0%

8 personnes et Plus

182

27,5%

Total

 

663

100,0%

Statut matrimonial

Célibataire

293

44,2%

Divorcé

34

5,1%

Marié

302

45,6%

Veuf/veuve

34

5,1%

Total

 

663

100,0%

Niveau d’instruction

Primaire

34

5,1%

Sans niveau

79

11,9%

Secondaire

206

31,1%

Universitaire/institut supérieur

344

51,9%

Total

 

663

100,0%

Le sexe masculin est en prédominance à 64,1 %, des enquêtés (chefs de ménages et preneurs de décision d’achat de médicaments ou orientation pour les soins de santé. L’âge majoritaire est celui de 18 à 49 ans, soit 68,8 %, La taille de ménage la plus fréquente est de 4 à 7 personnes, soit 40,0 %, les mariées dominent avec 45,6 %, Le niveau d’instruction majoritaire est universitaire ou d’institut supérieur soit 51,9 %.

Tableau n° II. Déterminants socioéconomiques

Facteurs

Modalités

Automédication

OR

IC à 95%

P Valeur

Oui(n=549)

Non(n=114)

Revenu de la population

Moins de 50$

217(39,5%)

20(17,5%)

0,945

0,458

4.700

0,001

Entre 50 et 100$

151(27,5%)

44(38,6%)

0,275

2,394

2,895

0,947

Entre 100 et 200$

80(14,6%)

23(20,2%)

1

     

Plus de 200$

101(18,4%)

27(23,7%)

0,427

0,152

2,149

2,719

Coût de consultation

Oui

417(76,0%)

75(65,8%)

1,643

1,065

2,534

0,024

Non

132(24,0%)

39(34,2%)

1

     

Prix des médicaments

Oui

408(74,3%)

71(62,3%)

1,752

1,146

2,679

0,009

Non

141(25,7%)

43(37,7%)

1

     

Transport vers les structures de santé

Pieds

286(52,1%)

50(43,9%)

3,460

0,230

3,771

0,001

Moto

216(39,3%)

36(31,6%)

1

     

Véhicule

47(8,6%)

28(24,6%)

0,178

0,388

1,971

2,602

Couverture sanitaire universelle

Oui

150(27,3%)

24(21,1%)

1

     

Non

399(72,7%)

90(78,9%)

1.410

0,866

2,296

0,006

La majorité des ménages qui pratiquent l’automédication disposent d’un revenu mensuel inférieur à 50 USD, soit 39,5 % contre 17,5 % chez les non-auto médicateurs, avec un OR = 0,945 [0,458 – 4,700], P valeur = 0,001. Bien que l’OR soit proche de 1, la significativité statistique et la forte proportion suggèrent que la faiblesse du revenu constitue un facteur de recours à l’automédication,

Le coût lié à la consultation est perçu comme un obstacle par 76,0 % des auto médicateurs contre 65,8 % des non-auto médicateurs (OR = 1,643 [1,065 – 2,534], P valeur = 0,024). Ce résultat statistiquement significatif montre que la perception d’un coût élevé influence directement la décision de s’auto-traiter, le prix des médicaments est jugé élevé par 74,3 % des auto médicateurs contre 62,3 % des non-auto médicateurs (OR = 1,752 [1,146 – 2,679], P valeur = 0,009). En termes de moyens de transport, la majorité des autos médicateurs se déplacent à pied, soit 52,1 % contre 43,9 %), avec un OR = 3,460 [0,230 – 3,771], P valeur = 0,001, l’absence de couverture sanitaire universelle est observée chez 72,7 % des auto médicateurs contre 78,9 % des non-auto médicateurs (OR = 1,410 [0,866 – 2,296], P valeur = 0,166), mais sans différence statistiquement significative. Cela montre que, dans ce contexte, le manque d’assurance maladie n’est pas le seul moteur de l’automédication, et que d’autres facteurs comme les habitudes culturelles et l’accessibilité géographique jouent un rôle important.

 

Tableau n° III. Déterminants culturels

Facteurs

Modalités

Automédication

OR

IC à 95%

P Valeur

Oui(n=549)

Non(n=114)

Us et coutumes

Moi-même

305(55,6%)

82(71,9%)

3,858

0,772

6,322

0,001

Parent

180(32,8%)

12(10,5%)

0,514

0,446

3,341

2,792

Voisin

32(5,8%)

8(7,0%)

1

 

 

 

Collègue de service

32(5,8%)

12(10,5%)

0,213

0,129

3,793

2,902

Connaissance inconvénients

Oui

380(69,2%)

95(83,3%)

0.450

0,266

0.760

0,002

Non

169(30,8%)

19(16,7%)

1

     

Source d’information

En famille

234(42,6%)

34(29,8%)

2,214

0,122

5,657

0,001

Collègue de service

51(9,3%)

28(24,6%)

1

     

Médias

20(3,6%)

0(0,0%)

0,458

0,496

3,742

2,798

Relais communautaires

43(7,8%)

4(3,5%)

0,792

0,146

1,871

2,703

Personnel soignant

193(35,2%)

36(31,6%)

0,316

0,352

3,452

2,915

Voisin

8(1,5%)

12(10,5%)

0,131

0,395

1,402

2,907

Religion

Catholique

162(29,5%)

40(35,1%)

0,499

0,388

3,458

2,649

Eglise de réveil

109(19,9%)

12(10,5%)

1

 

 

 

Musulmane

40(7,3%)

12(10,5%)

0,128

0,094

2,800

2,713

Protestante

238(43,4%)

50(43,9%)

2,302

0,039

6,122

0,081

« Moi-même » est la modalité majoritaire pour les us et coutumes, soit 55,6 % chez les pratiquants d’automédication contre 71,9 %, chez les non-auto médicateurs, avec un OR = 3,858 [0,772 – 6,322], P valeur = 0,001, la majorité, sont informés d’inconvénients de l’automédication, soit 69,2 % contre 83,3 % chez les non-auto médicateurs, avec un OR = 0,450 [0,266 – 0,760], P valeur = 0,002, de la source d’information, l’influence familiale prédomine, soit 42,6 % contre 29,8 %, avec un OR = 2,214 [0,122 – 5,657], P valeur = 0,001, la religion, la confession protestante est légèrement majoritaire, soit 43,4 % contre 43,9 % chez les non-auto médicateurs, avec un OR = 2,302 [0,039 – 6,122], P valeur = 0,081.

Tableau n° IV. Politique et système de santé

Facteurs

Modalités

Automédication

OR

IC à 95%

P Valeur

Oui(n=549)

Non(n=114)

Accueil/ file d’attente

Oui

410(74,7%)

71(62,3%)

1,786

1,168

2,732

0,007

Non

139(25,3%)

43(37,7%)

1

 

 

 

Confiance envers les structures sanitaires et sur le personnel de santé

Oui

201(36,6%)

64(56,1%)

0,265

0,163

3,741

2,908

Non

348(63,4%)

50(43,9%)

0,451

0.300

0,679

0,001

Vente libre des médicaments

Sans ordonnance

212(38,6%)

32(28,1%)

1,493

0,992

2,247

0,054

En dehors sur ordonnance de l’hôpital

96(17,5%)

28(24,6%)

0,854

0,262

1,581

2,835

Avec une ordonnance

32(5,8%)

8(7,0%)

0,362

0,416

2,979

2,687

A l’hôpital

209(38,1%)

46(40,4%)

0,17

0,169

1,854

0,126

Communication entre soignant et soigné

Oui

356(64,8%)

63(55,3%)

1

     

Non

193(35,2%)

51(44,7%)

1

     

Disponibilité des médicaments et équipements (consommable et non consommable) dans les structures sanitaires

En dehors de l’hôpital sur ordonnance de l’hôpital

485(88,3%)

99(86,8%)

1,148

0,629

2,097

0,653

A l’hôpital

64(11,7%)

15(13,2%)

1

     

Distance avec la structure

Moins de 1 Km de la structure

380(69,2%)

75(65,8%)

0,855

0,558

1,311

0,473

Plus d’un Km de la structure

169(30,8%)

39(34,2%)

1

 

 

 

L’accueil et la gestion de la file d’attente, est un facteur important soit 74,7 % des auto médicateurs jugent cet aspect problématique contre 62,3 % des non-auto médicateurs (OR = 1,786 [1,168 – 2,732], P valeur = 0,007), la confiance envers les structures sanitaires et le personnel de santé est faible chez les auto médicateurs soit 36,6 % contre 56,1 %), avec un OR = 0,451 [0,300 – 0,679], P valeur = 0,001, la vente libre de médicaments sans ordonnance est la modalité majoritaire, soit 38,6 % contre 28,1 %, servant de point d’accès direct aux médicaments, la communication entre soignant et soigné est jugée satisfaisante par 64,8 % des auto médicateurs contre 55,3 % des non-auto médicateurs (OR = 1,493 [0,992 – 2,247], P valeur = 0,054), la disponibilité des médicaments et équipements en dehors de l’hôpital sur ordonnance est rapportée par 88,3 % des auto médicateurs contre 86,8 % (OR = 1,148 [0,629 – 2,097], P valeur = 0,653), sans différence significative, la distance avec la structure de santé (< 1 km) concerne 69,2 % des auto médicateurs contre 65,8 % (OR = 0,855 [0,558 – 1,311], P valeur = 0,473).

Discussion

L’automédication a été largement pratiquée par la population avec 82,8 %. Le revenu inférieur à 50 USD (OR = 3,579 ; IC95% [0,314–5,265] ; P valeur = 0,027), l’initiative personnelle de se soigner soi-même (OR = 2,329 ; IC95% [0,632–4,354] ; P valeur = 0,018), et la disponibilité des médicaments sans ordonnance (OR = 2,847 ; IC95% [0,046–4,591] ; P valeur = 0,031). Ces facteurs traduisent l’effet combiné de la précarité économique, des normes socioculturelles et de la faiblesse du système de régulation pharmaceutique. Ces résultats sont similaires à ceux de ROY [48]. Nos enquêtés ménages ont été en prédominance masculine soit 64,1% par contre Norbert avait trouvé une prédominance féminine à son enquête ménages soit 63,9 % [41]. La taille de ménage la plus fréquente était de 4 à 7 personnes soit 40,0 %, ce qui implique un risque plus élevé de maladies lié à la promiscuité au sein du foyer. Un résultat similaire a été trouvé par ISIAKA [6]. Le statut matrimonial dominant est celui des mariés soit 45,6 %. Cette observation est différente aux résultats obtenus dans une étude réalisée en Côte d’Ivoire, où la majorité des pratiquants de l’automédication étaient mariés (57 %) [44], et aussi celle de SHEMA NORBERT qui relève un pourcentage beaucoup plus élevé (74% mariés) [41]. L’automédication a été pratiquée par 52% de nos enquêtés. Par contre, NZARUBARA R. A, avait trouvé 75% dans l’aire de santé de Kyeshero. [43]. Le faible revenu mensuel avait favorisé l’automédication à 40%, bien que l’Odds Ratio (OR = 0,945 [0,458 – 4,700]) soit proche de 1, la valeur p significative (p = 0,001) et la forte proportion observée indiquent que le faible revenu favorise l’automédication. Ce résultat est proche de celui documenté au Kenya de 55 % des personnes à revenu faible [45]. Le coût élevé des consultations médicales avait conduit 76,0 % des enquêtés à l’automédication contre 20 % trouvés au Burkina Faso [46]. Le coût élevé des médicaments était le motif de l’automédication à 74,3 %, les croyances religieuses apparaissent dans 69,2 %, d’automédication qui rejoint le résultat de Zagożdżon et Erhabor [49,50], l’influence familiale avait joué un rôle de l’automédication à 42,6 % appuyant le résultat de Mubwiti et al, qui avaient trouvé 60% à Kinshasa [3]. Le mauvais accueil et une longue file d’attente étaient cités par 74,7 % d’enquêtés contre 60% trouvés par Mubwiti et al [3], la faible confiance envers les structures sanitaires et le personnel de santé représentait 36,6 %, la vente libre de médicaments à 38,6 %, ces résultats sont similaires avec ceux de AHMED [57].

Conclusion

Les résultats révèlent une prévalence élevée de l’automédication confirmant son encrage comme pratique courante dans la zone de santé de Karisimbi. L’automédication est pratiquée par 83% de la population. Sur le plan socio-économique, le revenu inférieur de revenu est apparu comme un facteur significatif augmentant la probabilité du recours à l’automédication traduisant l’effet de la précarité sur l’accès aux soins formels. Au niveau socioculturel, la décision individuelle de se soigner soi-même, constitue un déterminant majeur, reflétant des normes locales qui valorisent l’autonomie dans la gestion des médicaments. La vente libre des médicaments sans ordonnance constitue un facteur déterminant révélant une faiblesse de la régulation pharmaceutique ou du système de santé. L’automédication ne résulte pas uniquement d’un choix individuel, mais s’inscrit dans un contexte plus large et appelle ainsi à une réponse multisectorielle, fruit d’inégalités économiques, de pratiques culturelles et de défaillances institutionnelles. Une réponse intégrée est nécessaire pour réduire les risques liés à cette pratique, tout en améliorant l’accès à des soins efficaces et financièrement accessibles, la régulation rigoureuse de la dispensation des médicaments, la promotion d’une éducation sanitaire communautaire et l’implication des leaders locaux, pour encourager le recours aux services formels.

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